Inspection de l’Education nationale
Circonscription de
Dugny -Drancy- Le Bourget

Logo du site

Evaluer un élève allophone nouvellement arrivé (EANA)

08 / 02 / 2021

Cadre réglementaire :

L’obligation d’accueil dans les écoles s’applique de la même façon pour les élèves allophones nouvellement arrivés (EANA) que pour les autres élèves. Il est de la responsabilité de chacun des représentants de l’institution scolaire de mettre en place les conditions qui facilitent aux parents les démarches d’accès à l’école et leur implication dans la scolarité de leur enfant, condition de sa réussite.
L’inscription, dans une école, d’un élève de nationalité étrangère, quel que soit son âge, ne peut être subordonnée à la présentation d’un titre de séjour.
Un enfant allophone nouvellement arrivé doit être, comme tout autre enfant, inscrit à la mairie de son domicile qui délivre le certificat d’inscription au vu duquel le directeur de l’école du secteur procède à l’admission de l’enfant.
L’élève allophone doit être inscrit obligatoirement dans la classe ordinaire correspondant à sa classe d’âge ou au plus près de sa classe d’âge, en fonction de ses acquis antérieurs.
Les parents de nationalité étrangère bénéficient des mêmes droits que les parents français (droit de vote et éligibilité aux élections de représentants de parents d’élèves dans les conseils d’école).

I. L’EVALUATION DIAGNOSTIQUE : ENJEUX ET OBJECTIFS

La première évaluation, dite diagnostique, porte sur 3 grandes compétences :

  • La maîtrise de la lecture dans la langue d’origine,
  • Les connaissances et les compétences en mathématiques dans la langue d’origine,
  • La maîtrise de la langue française dans 4 domaines : la compréhension orale / l’expression orale / la compréhension écrite / l’expression écrite.

À l’école maternelle :

À l’école maternelle, l’analyse des besoins s’effectuera par l’observation de l’enfant dans les diverses activités en situation et non par des passations d’épreuves d’évaluation.

À l’école élémentaire :

À l’école élémentaire, tout élève allophone nouvellement arrivé bénéficie d’une évaluation diagnostique menée par le conseiller pédagogique de la circonscription ou l’enseignant de l’UPE2A du secteur.

A. Quand évaluer ?

Pour tout élève, une évaluation peut s’avérer être une source de stress. Ainsi, pour un élève nouvellement arrivé, être placé dans une situation de test dès son arrivée peut représenter un stress qui l’empêche de le réussir. En effet, l’élève peut être impressionné, déstabilisé par l’évaluation proposée. Il faut donc tenir compte de cette déstabilisation dans les conditions de passation et dans l’analyse des résultats.
Il sera donc préférable d’instaurer une période d’observation de quelques jours au terme de laquelle se déroulera l’évaluation. Ce temps d’observation est d’autant plus nécessaire qu’il lui permet de prendre de nouveaux repères dans son nouvel environnement.

B. Les enjeux de l’évaluation en langue d’origine : évaluer les acquis initiaux.

L’évaluation se fait dans la langue de première scolarisation. Elle a pour objectif d’identifier les acquis scolaires et les besoins de chaque élève. Elle doit aussi permettre de déterminer la classe la mieux adaptée au profil de l’élève, en respectant un écart de deux ans maximum. Outre le bilan des compétences scolaires, d’autres paramètres sont pris en compte dans le choix de la classe ordinaire, notamment l’âge, la stature, la maturité, les compétences dans d’autres domaines et les centres d’intérêt de l’enfant.

C. Les objectifs de l’évaluation

L’évaluation diagnostique doit mettre en évidence :

  • - son degré de familiarisation avec l’écrit dans sa langue de première scolarisation
  • - les compétences scolaires construites antérieurement, en mathématiques notamment
  • - les savoir-faire acquis en langue française pour vérifier si l’élève est débutant complet ou s’il a déjà acquis des éléments du français parlé et/ou écrit ;
  • - les compétences orales et/ou écrites acquises dans d’autres langues vivantes enseignées dans le système éducatif français.

Si l’enfant a été scolarisé antérieurement, il passera des tests de lecture et de mathématiques qui permettront d’évaluer les compétences acquises dans la langue de première scolarisation. Afin d’avoir une idée plus précise du niveau de maîtrise de la langue écrite, il est intéressant de faire lire l’enfant à haute voix ; même si l’adulte ne comprend pas ce qui est lu, il peut observer le niveau de fluidité de la lecture.

En fonction du parcours scolaire antérieur, on pourra également faire passer à l’enfant un test de langue vivante étrangère pour vérifier les compétences qu’il a pu acquérir à l’oral et/ou à l’écrit dans une autre langue ; pour des élèves allophones ayant une langue de première scolarisation relevant d’un autre système d’écriture ou d’un autre alphabet, ce test permet aussi d’évaluer les acquis dans un système linguistique proche du français (système alphabétique, caractères latins).

II. QUELLES EVALUATIONS ?

Certains élèves sont lecteurs experts dans leur propre langue alors que d’autres sont restés au stade du déchiffrage. D’autres encore, très jeunes ou non scolarisés, n’ont pas même l’idée qu’une trace écrite puisse renvoyer à un encodage de leur langue. Il s’agit donc de distinguer les lecteurs en langue d’origine des non-lecteurs et, pour les premiers, les experts (cycle III) des débutants (cycle II).
Ces tests proposés par Passerelles en quinze langues répondent à cette attente. Ils ont été conçus pour nous permettre d’identifier le degré de familiarisation avec l’écrit d’un jeune lecteur dans sa langue maternelle : savoir que la maîtrise du code n’est pas encore automatisée pour tel lecteur débutant, que son exposition aux textes a été insuffisante et que les procédures d’accès au sens demeurent pour lui très coûteuses et peu productives ; savoir au contraire que tel autre, lecteur expert, a suffisamment acquis d’automatismes pour que la reconnaissance des mots et des phrases s’active immédiatement, permettant une compréhension fine de textes de niveau nettement plus élaboré. Pour l’un comme pour l’autre, les supports et démarches pédagogiques visant à l’acquisition du français écrit resteront bien spécifiques.
Afin d’avoir une idée plus précise du niveau de maîtrise de la langue écrite, il est intéressant de faire lire l’enfant à haute voix ; même si l’adulte ne comprend pas ce qui est lu, il peut observer le niveau de fluidité de la lecture.

A. LES OUTILS D’EVALUATION

Peu d’ouvrages traitent de l’évaluation en FLsco et il n’existe pas à l’heure actuelle de test prédéfini et officialisé. Cependant, dans certaines académies, comme l’académie de Créteil, le CASNAV propose une évaluation qu’il convient d’adapter au niveau des élèves. Par ailleurs, un certain nombre de ressources internet s’avèrent intéressantes à exploiter pour construire une évaluation cohérente.

1. L’évaluation en langue d’origine

1) Le Centre de Ressources Alsace Ville Intégration Ecole (CRAVIE) propose plusieurs activités (dessin, diverses questions de compréhension) pour évaluer les différents niveaux (CP, CE1, CE2).
2) Le CASNAV d’Aix Marseille présente plusieurs tests de lecture en langue d’origine classés en fonction des niveaux de scolarité, là où sont nos paires (Fin GS / début CP). Cette évaluation s’adresse aux EANA de 6 ans ainsi qu’à ceux plus âgés mais peu ou mal scolarisés antérieurement.
On peut aussi la proposer aux EANA qui arrivent en GS au troisième trimestre.
3) Passerelles en quinze langue, outil de positionnement conçu par le SCEREN CNDP
Les éditions Sceren-CNDP ont édité 2 ouvrages « Passerelles en 15 langues » et "passerelles en 14 langues bis " qui ont été conçus pour permettre d’identifier le degré de familiarisation avec l’écrit d’un jeune lecteur dans sa langue maternelle. Ils couvrent les compétences du cycle 2 et cycle. L’ensemble de ces tests sont téléchargeables gratuitement en version numérique sur le site du CNDP. Pour les autres langues, ils existent en version papier mis à votre disposition en circonscription.

2. L’évaluation en mathématiques

a) MathENAF en 30 langues

Le CASNAV d’Aix-Marseille et le CRDP d’Aix-Marseille proposent MathENAF en 30 langues.
En fonction de l’âge de l’élève et de son passé scolaire, plusieurs évaluations sont accessibles pour les niveaux suivants : cycle 2, cycle 3, pour , cinquième, quatrième, troisième.
Le test sera proposé à chaque élève dans une version correspondant à sa langue d’origine. Les consignes sont donc traduites dans une trentaine de langues correspondant aux langues les plus fréquentes des EANA. Les auteurs ont veillé à éviter, autant que possible, les obstacles culturels (consignes réduites au minimum, exercices clairs et adaptés aux EANA) ainsi les traductions n’en sont que plus fiables. La concision a été parfois préférée à la précision mathématique.
Se trouvent également sur le site les corrections ainsi que des grilles bilan de compétences.

b) Évaluation non-verbale en mathématiques

Le CASNAV de Lille propose une évaluation non-verbale, qui peut-être utilisée avec tout élève nouvellement arrivé en France ne maîtrisant pas la langue française. Elle est divisée en 2 parties : une évaluation positionnement et une évaluation diagnostique.
L’évaluation-positionnement a pour objectif de positionner l’élève en mathématiques par rapport au système éducatif français, en le situant à un niveau scolaire correspondant à une période du cursus général de l’enseignement primaire ou secondaire, de la maternelle grande section jusqu’à l’entrée en seconde générale. (évaluation non-verbale en maths positionnement ac-Lille).
L’évaluation-diagnostique a pour objectif de vérifier la maîtrise d’un certain nombre de compétences significatives, afin de donner aux enseignants des informations susceptibles de les aider à bâtir un programme d’apprentissage personnalisé répondant aux principes de la pédagogie différenciée.(Evaluation non-verbale en maths-diagnostique ac-Lille)

c) Maths sans paroles

RAFONI Jean-Charles, Maths sans paroles : outils d’évaluation des élèves des classes ordinaires ou spécialisées, en difficulté scolaire ou linguistique : cycles 2 et 3, Buc, CRDP de l’Académie de Versailles/CDDP des Hauts-de-Seine, 2000, 1 vol., 82 p.
Cet ouvrage propose des outils d’évaluation individualisés pour le cycle 2 et le cycle 3 sous la forme d’exercices sans consignes écrites : un exemple et des indices non verbaux permettent de déduire les consignes en levant l’obstacle que pourrait constituer le français écrit. Il permet donc aux enseignants d’évaluer des élèves allophones dont la langue de première scolarisation n’est pas disponible dans d’autres tests et des élèves peu scolarisés antérieurement.

C. L’évaluation des savoir-faire acquis en langue française

Une évaluation en langue française peut être proposée pour vérifier si l’élève est débutant complet ou s’il a déjà acquis des éléments du français parlé et/ou écrit.

1) L’évaluation proposée par le CASNAV de Créteil permet d’évaluer ces acquis. Cette évaluation est destinée aux EANA scolarisés à l’école élémentaire. Elle est accompagnée d’une fiche bilan à compléter au fur et à mesure (cf Evaluations EANA CASNAV Créteil).

2) Le CASNAV d’Orléans-Tours met à disposition 2 évaluations destinées aux EANA scolarisés à l’école élémentaire et au collège et aux ENAF âgés de 16 ans ou plus. Elles sont accompagnées d’une fiche de bilan à compléter au fur et à mesure (cf évaluation en français ac-orléans).

III.Analyse et exploitation de l’évaluation

Le recensement des acquis et des compétences dans le sens d’une valorisation de toutes les potentialités de l’élève est au cœur de cet accueil. Ce premier inventaire des acquis permet à l’équipe éducative de faire le choix le plus approprié pour l’affectation de l’élève dans la classe correspondant à son profil et à ses besoins. L’adaptabilité, la fluidité et la souplesse sont autant de facteurs qui visent à aider et à accompagner dans un processus plutôt qu’à classer. Le droit à l’erreur existe : un repositionnement, à travers une évaluation positive, peut s’avérer nécessaire afin de mieux mettre en valeur les acquis et progrès des élèves.
Il est important de bien choisir la classe d’inclusion : ce choix peut avoir des conséquences sur toute la scolarité de l’élève.

Donc en fonction des résultats obtenus aux tests d’évaluation diagnostique et de l’âge de l’enfant, le conseil de cycle pourra déterminer la classe dans laquelle l’enfant sera admis. L’allophonie de l’enfant ne doit pas freiner sa scolarisation. Ainsi, si l’élève nouvellement arrivé présente de bonnes compétences en mathématiques et en lecture dans sa langue de première scolarisation, il doit être inscrit dans sa classe d’âge.

 
Directeur de publication :
Safi Bakhti